Auréolé d’un statut de petit surdoué, Xavier Dolan me donne moins de complexes avec son nouveau film, étrangement, qu’avec le précédent J’ai tué ma mère, et ce malgré sa sortie sur 100 copies, un exploit pour une production aussi indépendante.
Si son premier film impressionnait de maturité pour son jeune âge, celui-ci ne montre finalement pas une grande évolution, surtout en comparaison de l’enthousiasme critique qu’il suscite.
Ce triangle amoureux non consommé au style très emprunté (on pense à Greg Araki, Wong Kar Wai, Almodovar, François Ozon et tant d’autres…) n’est pas déplaisant, et plutôt maitrisé techniquement, mais une impression de creux subsiste.
Les atermoiements amoureux des deux protagonistes béats d’admiration face à leur objet de désir finissent par lasser, et au risque de paraître un brin trivial, on se demande quand est-ce qu’ils vont finir par baiser. On peut attendre longtemps. Alors c’est un film sur la frustration, et en cela on peut saluer une honnêteté qui frise parfois l’embarras tant le réalisateur et aussi comédien principal se met en scène dans des situations fort peu avantageuses (scène de masturbation, plans disgracieux, …)
C’est dans l’écriture que le bas blesse, et on voudrait croire à l’improbable hyper complicité du trio mais aucune scène ne le montre vraiment. La comparaison avec Threesome (Deux garçons, une fille, trois possibilités) est assez cruelle, pour un film aux ambitions artistiques pourtant limitées, mais qui parvenait à nous faire croire aux sentiments des personnages. Ici, ils manquent cruellement d’épaisseur, en particulier la fille, dont tout paraît factice, jusqu’à son style décalé.
Finalement, le plus intéressant c’est la façon dont Nolan parvient à retranscrire la fièvre du désir envers son apollon (invraisemblablement bien casté ), en particulier lors d’une séquence de montage où des plans de celui-ci alternent avec des dessins, croquis et statues de la Grèce antique, évoquant ainsi une tradition de la beauté masculine dans l’Histoire. Noble intention.
Mis à part ça, le film souffre justement d’afficher trop d’intentions pour une inspiration plus limitée que sa réputation ne le suggère.
Autant le dire tout de suite: The Fourth Kind, tragiquement adapté en français Phénomènes Paranormaux, entretenant ainsi une parenté inexistante et plutôt dissuasive avec Paranormal Activity , est un des films les plus durablement effrayants de ces derniers mois, voire de ces dernières années.
Encore une preuve que le cinéma de genre européen est bien vivant et continue à nous abreuver régulièrement de petites perles dont les réalisateurs seront sans doute bientôt appelés par les studios hollywoodiens. Ainsi Tom Six est rapidement passé du statut d’illustre inconnu à celui de « it-boy » avec ce film au pédigrée impressionnant, générant un gros buzz sur le net et dans tous les festivals spécialisés dans le monde. Il faut reconnaitre qu’avec son pitch en or massif, Tom Six tenait le bon bout : deux jeunes américaines en vadrouille dans le pays de Goethe se font séquestrer chez un illustre chirurgien auprès duquel elles avaient requis de l’aide suite à une panne de voiture. Jusque là rien de révolutionnaire, sauf que le chirurgien en question est un expert dans la séparation des siamois et depuis peu il expérimente le processus inverse. Aussi se lance-t-il donc dans une grande opération pour créer un « mille-pattes humain ». Il n’en faut pas plus à notre Dr Frankenstein en herbe pour se servir des deux donzelles comme cobaye. Ainsi il va littéralement les greffer « la tête dans le cul » avec un troisième larron.



